Les différents systèmes d’intelligence économique

La protection ou le maintien de la compétitivité économique constitue de plus en plus une ardente préoccupation pour de nombreux gouvernants. Chaque État s’efforce donc de jouer un rôle essentiel dans la définition des grandes orientations stratégiques indispensables à ses entreprises. L’analyse comparée de l’intelligence économique dans les économies les plus compétitives fait apparaître que la coopération État/entreprises ou collectivités locales /entreprises est en voie de consolidation dans tous lespays.                                                                                                                                                                        Les pratiques d’intelligence économique trouvent leurs racines dans l’histoire et la culture du pays. Aussi la construction d’un tel système se heurte à deux fossés culturels qu’il s’agit de combler : le passage d’une culture fermée à une culture ouverte de l’information et le passage d’une culture individuelle à une culture collective de l’information.

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Partenariat citoyen-entreprise. Chaque membre du personnel se doit de participer à cette dynamique de l’information dans l’accomplissement de son travail quotidien.

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b) Les États-Unis disposent d’un véritable arsenal dans le domaine de l’intelligence économique ; toutefois, sa caractéristique est d’être dispersé et de ne fonctionner que rarement au niveau national. La logique du système est individuelle et le marché américain de l’information profite plus aux entreprises elles-mêmes qu’à l’économie dans son ensemble. Cependant, le Président Clinton a créé, en juillet 1995, un Comité national économique pour mobiliser l’ensemble de l’administration, le FBI et la CIA et développer le renseignement économique. Sa mission repose sur la consultation systématique des revues spécialisées étrangères et des banques de données, la veille technologique, la centralisation et la circulation du renseignement.6 ». La faiblesse de la France réside dans l’absence de coordination entre les différentes administrations, contrairement au système japonais. De plus, les grandes entreprises françaises qui tentent d’initier leur personnel à une culture collective de l’information sont rares. Quatre-vingts pour cent des structures industrielles ne possèdent même pas de service consacré à l’information. Tout reste encore à faire en France : l’intelligence économique n’est qu’un chantier en construction. La prise de conscience du problème est apparue récemment parmi les professionnels qui tentent désormais de s’organiser. Le 4 avril 1995, le gouvernement Balladur a créé un Comité National pour la compétitivité et la sécurité économique qui a pour but d’offrir aux entreprises les avantages d’un système centralisé et national de récolte d’informations.

c) Le modèle allemand est l’un des plus performants au monde. Il s’appuie sur un profond sentiment collectif de « patriotisme économique ». Contrairement au système américain, le mérite du système allemand est d’avoir un centre vers lequel converge l’ensemble des flux d’informations. Il s’est en effet construit autour des principaux centres de décision : banques, entreprises, État…De plus, les techniciens expatriés se sont révélés d’excellents informateurs pour les sociétés allemandes. L’administration allemande et les entreprises se sont dotées d’un système de collecte des données informatisées très performant. Les 3400 publications professionnelles et les 60 millions d’exemplaires de diffusion constituent dans le domaine de l’ingénierie de l’information un atout majeur.

d) La culture française, quant à elle, reste héritière d’une certaine méfiance vis-à-vis de la veille, qui constitue un frein à la diffusion de l’information. Les entreprises françaises sont en retard et leurs services de veille stratégique sont relativement récents. En 1992, elles ne dépensaient que 0,2% de leur CA à la veille. La France ne représente à l’échelle mondiale que 4% de la production d’informations tous secteurs confondus. Selon l’expression de Christian Harbulot, il existe dans ce domaine un « no man’s land français

Partenariat État-entreprise. Le traitement de l’information collectée va permettre de construire des stratégies concertées entre administrations et entreprises. Il existe une très forte intégration entre des organismes étatiques comme le MITI ou le JETRO5 et les entreprises. L’administration japonaise consacre aujourd'hui 10 à 12 milliards de francs par an à la recherche d’informations, qu’elle redistribuera ensuite aux industries. La circulation de l’information est ainsi facilitée au sein du système japonais ; en Occident, au contraire, l’information est souvent victime d’une rétention au sommet de la hiérarchie.

a) Comme nous l’avons vu précédemment, le Japon est le pays de référence en matière de veille technologique. La recherche d’information est fondée sur une dynamique collective. La stratégie japonaise repose sur un trio État, entreprises, citoyens. Il existe ainsi deux formes de « partenariats » de l’information :